Art is divine

Inoubliables Regards

Par Micha Christos

RIJKS MUSEUM

Pays Bas

1er Octobre 2021 - 16 Janvier 2022

 

NE M’OUBLIEZ PAS

PORTRAITS DE DÜRER À SOFONISBA

Petrus Christus, Portret van een jonge vrouw, ca. 1470. 

Gemäldegalerie der Staatlichen Museen zu Berlin

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans un design réalisé par Jean Michel Wilmotte, « Ne m’oubliez pas » est la première grande exposition consacrée aux Pays Bas aux portraits de la Renaissance dans l’Europe occidentale. 

Plus d’une centaine de chefs-d’œuvre des plus grands peintres, Holbein, Dürer, Memling et Véronèse montrent empereurs puissants, aristocrates flamboyants et citoyens fortunés sous leur meilleur jour afin de survivre au-delà du temps qu’il leur était imparti sur terre.

En effet, depuis l’antiquité, le portrait permet de conserver une image vivante au-delà de l’absence afin de garder la mémoire d’un être à travers le temps. 

Titian, Portrait of Ranuccio Farnese, 1541–1542 

Washington, National Gallery of Art, Samuel H. Kress Collection


Maerten van Heemskerck, Self Portrait with the Colosseum, Rome, 1533, 

The Fitzwilliam Museum, Cambridge

Sofonisba Anguissola, Zelfportret aan de schildersezel, 

ca. 1556–1557. ŁaŃcut, Muzeum-Zamek w ŁaŃcucie

 

 

 

 

 

Chaque portraituré était bien sûr désireux que ce souvenir soit le plus représentatif de sa beauté ou de son autorité. 

Le « Portrait d’une jeune fille » vers 1470, de Petrus Christus, saisit l’essence éphémère et pure de la demoiselle prête à être mariée dans toute sa fragilité à la frontière de l’enfance et de la femme en devenir. Sa mine un peu boudeuse, son regard de biais, sa carrure tellement menue rappellent sa défiance face à ce monde d’adultes qui l’oblige à grandir alors que ses atours, de la coiffe au précieux collier qui orne son cou gracile, lui confèrent déjà un rang à tenir en tant qu’épouse d’un homme de pouvoir.

Il est fascinant de voir que chaque portrait projette un désir de lumière autour de thèmes aussi différents que l’amour, l’ambition, la famille, l’érudition ou la foi.


 

 

 

 

Certains portraits regardent, interrogent silencieusement les personnes qui les contemplent, d’autres semblent absents ou concentrés sur d’autres parties de la toile face à des objets ou des interlocuteurs présents ou imaginaires. 

 

Les artistes concentrent leurs compositions autour du rendu final que le modèle a choisi pour honorer sa mémoire.Tous nous parlent d’êtres depuis longtemps disparus et qui ne doivent leur immortalité qu’aux talents des peintres dont ils ont payé les services pour passer à la postérité.

 

Le souvenir et l’oubli sont au cœur de cette magnifique fresque de notre humanité, de cette peur viscérale de l’après, de ce moment fatal où le corps s’absente pour devenir un tumulte d’émotions au cœur des plus proches et des contemporains avant de s’évanouir avec eux pour laisser place à de nouvelles générations.

 

Après des siècles d’immobilité, ces portraits vibrent encore de cette flamme de chair, rêve d’immortalité. 

Troublant et émouvant…

Jan Jansz Mostaert, Portrait of an African Man 

(Christophle le More?), ca. 1525 - ca. 1530. Rijksmuseum


Lorenzo Lotto, Marsilio Cassotti and his Wife Faustina, 1523. 

Museo del Prado, Madrid