Art is divine

Images d'images

Alessandra Cenna

 

JEU DE PAUME

 

PARIS

Du 12 FÉVRIER - 2 JUIN 2019

 

LUIGI GHIRRY

CARTES ET TERRITOIRES

Luigi Ghirri, Modena, 1973. CSAC, Università di Parma © Succession Luigi Ghirri

Luigi Ghirri, Marina di Ravenna, 1972.

Bibliothèque nationale de France © Succession Luigi Ghirri

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une première rétrospective européenne consacrée au photographe Luigi Ghirri (1943-1992) vient d’être inaugurée au Jeu de Paume. 


Luigi Ghirri, Lido di spina, 1974 © Succession Luigi Ghirri

 

 

L’artiste italien, géomètre de formation, met en scène les paysages de sa province natale, l’Emilie Romagne, dans les années 1970. 

Il s’est particulièrement intéressé à toutes les transformations que l’homme apporte à la nature et réalise des images à l’ambiance silencieuse et pourtant parlante.

 

Avec Luigi Ghirri, les scènes de la vie quotidienne prennent des couleurs à une époque où les photographies en noir et blanc imposaient leurs lettres de noblesse. 

 

Loin des teintes pop de William Eggleston, Luigi Ghirri joue la carte du tendre avec des nuances douces et froides. Poète subtile, il a une vision très sociologique de l’Italie de son époque qu’il décortique à travers des mises en situation dans le cadre de panneaux publicitaires. 

 

Pour lui le monde réel est une « colossale photographie » dans laquelle nous vivons en photomontages. 

Autre particularité de sa signature visuelle, son cadrage frontal donne une impression de proximité tactile avec ses sujets.

Luigi Ghirri a ainsi parcouru ses rues familières de Modène, éclairant les maisons et les jardins de sa ville sous un angle très personnel.

Ses plages ont une lumière très particulière mêlant émotion présente et nostalgie solitaire. Quant aux parcs d’attraction, ils sont de véritables fêtes de l’illusion semblables au « pays des jouets de Pinocchio ».

Luigi Ghirri, Rimini, 1977. CSAC, Università di Parma © Succession Luigi Ghirri


Luigi Ghirri, Orbetello, 1974 © Succession Luigi Ghirri

Luigi Ghirri, Rimini, 1977 © Succession Luigi Ghirri

 

 

Dans son célèbre ouvrage Kodachrome de 1978, ses séries montrent des images d’images, des détails de cartes topographiques et d’atlas, car « le seul voyage aujourd’hui possible se situe dans les signes, dans les images ».

C’est en ses clichés de ciel, pris au même endroit pendant 365 jours, que Luigi Ghirri a exprimé l’incapacité de la photographie à fixer l’instant ultime d’un phénomène naturel.

Plusieurs milliers de prises de vue ont été réalisées pendant cette décennie. Son style singulier s’est attaché à découvrir des détails simples comme une fenêtre ou un objet kitch et à les présenter en majesté dans toute leur esthétique aussi imparfaite que touchante. Ses vitrines et miroirs réfléchissent à l’infini une perception fictive d’un univers de mythes abreuvé de logos et d’images. Loin d’en arriver à une vision de désespoir, le monde absurde de Luigi Ghirri est plein d’humour.

Pionnier dans son analyse, Luigi Ghirri a su démonter les objets et les sujets en conservant leur magie au-delà du voile des artifices.

Il a mené une véritable réflexion sur la réalité de la place de l’image dans notre monde en surconsommation visuelle. 

Il avait pressenti la « destruction de l’expérience » par la montée en puissance du virtuel en tant que  cache misère d’une culture personnelle en appauvrissement et décor d’une vie fantasmée plus que réalisée.

Luigi Ghirri, un œil, un regard, une vision…à  re-découvrir, à découvrir.

LUIGI GHIRRI 

jusqu’au 2 juin 2019 

-  Jeu de Paume - Jardins de Tuileries Paris 

www.jeudepaume.org


Luigi Ghirri, ‘∞’ Infinito, 1974 © Succession Luigi Ghirri