Art is divine

Divertissements libertins

Alessandra Cenna

MUSEE COGNACQ-JAY

Paris

 

L’EMPIRE DES SENS

DE FRANCOIS BOUCHER A JEAN-BAPTISTE GREUZE

François Boucher 1703-1770

Etude de pied, vers1751-1752, pastel,

Paris, musée Carnavalet - Histoire de Paris

© Musée Carnavalet / Paris Musées

L ‘exposition» L’Empire des Sens : de Boucher à Greuze” se tiendra prochainement au Musée Cognacq-Jay, splendide résidence au cœur du Marais, dans huit de ses salles normalement destinées aux collections permanentes.

Le décor d’anciennes boiseries a laissé la place à une atmosphère intimiste, feutrée, dans des tonalités de bleus profonds qui rappellent les boudoirs du XVIIIe siècle. 

Cette exposition est un vrai voyage sensuel au sein de l’univers des passions et des désirs charnels. Elle commémore le 250ème anniversaire de la mort de François Boucher. 

 

Ce peintre de Louis XV demeure l’artiste clef du développement de l’art érotique de son époque. Il a immortalisé les secrets d’alcôves en représentant la beauté féminine dans toute sa volupté. Ses déesses exhibent à loisir leurs charmes en de languides positions suggestives, creusant à l’envie leurs reins pour mettre en valeur leurs fessiers dénudés, jouant des courbes de leurs corps pour en souligner l’extase offerte. 

Nymphes libertines ou superbes odalisques, toutes se soumettent avec délice à l’empire des sens.

Le siècle des Lumières interdisait de faire poser des modèles déshabillés. 

Les artistes de cette époque, maîtres et élèves tels que Watteau, Greuze et Fragonard, ont rivalisé d’habileté pour représenter les pulsions les plus charnelles en prenant pour modèles des femmes aux mœurs légères. 

 

Boucher, le célèbre « peintre des Grâces», symbolise le  Rococo français. Il exécutait bien sûr des œuvres commanditées sur le thème de la pastorale montrant l’amour chaste entre doux bergers et fillettes innocentes. 

Antoine Watteau (1684-1721), Le Jugement de Pâris, vers 1718-1721,

huile sur bois, Paris, musée du Louvre, département des Peintures

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux


François Boucher (1703-1770), 

L’Odalisque brune, 1745,

 huile sur toile, Paris, musée du Louvre,

département des Peintures 

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), 

Esquisse pour La Cruche cassée 1772 huile sur toile, Paris,

musée du Louvre, département des Peintures © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

Ses peintures plus secrètes étaient destinées à enflammer les sens de l’élite fortunée et libertine qui organisait des soirées dans les salons très privés de somptueuses demeures.  L’Orient faisait fantasmer et, en 1745, Boucher dévoile son tableau « L’Odalisque Brune “, une femme, apparemment sa femme, nue et allongée sur le ventre, les cuisses écartées, faussement surprise de l’indiscrète présence de spectateurs. 

Le tableau respire la luxure au fil des perles, dans les volutes enivrantes des brûle parfums jusqu’à la mollesse du sofa. L’odalisque en sa pose lascive invite à de coupables plaisirs au creux de ses draps. 

Ce tableau méconnu du grand public de l’époque a été très critiqué par Diderot qui le trouvait indécent et impudique. Il accusa même Boucher de prostituer sa propre épouse, ce qui n’empêcha pas le peintre de faire trois répliques de cette œuvre ainsi vilipendée et tellement appréciée. 

Dans les tableaux de l’époque, les figures féminines étaient présentées comme des personnages mythologiques. Ainsi, Danaé et les nymphes observées par un satyre concupiscent épiant avec avidité les chairs offertes introduisaient le thème du voyeur pour lequel le tableau était réalisé. 

Les amours de dieux antiques étaient ainsi convoqués pour mettre en scène la toute-puissance du désir humain.

La rencontre amoureuse est évoquée, suggérée mais jamais complètement dévoilée. Les baisers, caresses et corps entrelacés évoquent la frénésie des pulsions d’un érotisme échevelé mais se limitent aux badinages, aux échanges de soupirs langoureux et aux prémices d’un baiser ardent à pleine bouche. 

La charge sensuelle chez Fragonard ou Boudin devient plus effrénée mais, masquée par les draps et leurs plis, sans franchir les limites de la décence. 

La violence du désir et la perte de virginité étaient représentées dans certains tableaux par des symboles comme l’œuf, la cruche cassée, la bougie consumée ou le lait renversé.


François Boucher 1703-1770

Femme allongée vue de dos dit Le Sommeil, vers 1740,pierre noire, sanguine et craie sur papier brun, Paris, Beaux-Arts © Beaux-arts de Paris / RMN-GP

L’exposition conduit le visiteur à la découverte des codes et des symboles érotiques et sensuels invisibles pour l’œil du spectateur non initié. Un magnifique plan du Paris Libertin du XVIIIe siècle met en lumière les lieux du plaisir et de rencontres. 

Les adresses sont nombreuses depuis les maisons closes, les ateliers d’artistes, la résidence des jeunes maitresses de Louis XV jusqu’à l’hôpital pour le soin des maladies vénériennes, un univers du plus joyeux au plus morbide tournait autour de cet empire des sens. 


 

 

 

 

A la fin du parcours un cabinet d’erotica, cabinet de curiosités intimes, contient une soixantaine d’objets à caractère pornographique. Il dévoile ses miniatures, ses boîtes à secrets et ses livres,  tous provenant d’une collection privée. 

Final idéal pour cette exposition qui explore le thème de l’Amour sous sa forme la plus licencieuse et dévoile les rivages les plus secrets de l’imaginaire érotique du siècle des Lumières.

François Boucher 1703-1770, Vénus endormie, vers 1740, huile sur toile,

Moscou, musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine

 © The Pushkin State Museum of Fine Arts

 

 

 

 

 

 

 

L’EMPIRE DES SENS.

DE FRANCOIS BOUCHER A JEAN-BAPTISTE GREUZE

Musée Cognacq-Jay 

8, rue d’ Elzévir 75003 Paris

www.museecognacqjay.paris.fr

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806­), 

Les Débuts du modèle, 1770-1773, huile sur toile, 

Paris, Institut de France, musée Jacquemart-André © Studio Sébert

François Boucher (1703-1770), Sylvie délivrée par Aminte, 1755, huile sur toile, Paris, Banque de France © Banque de France