Art is divine

De l'Ombre à la Lumière

Alessandra Cenna

NATIONAL PORTRAIT GALLERY

Londres

ARTEMISIA

 

Susannah and the Elders (1610) 

© Kunstsammlungen Graf von Schönborn, Pommersfelden

Danaë (about 1612-13 ) © Saint Louis Art Museum

Susannah and the Elders(1622)  

© The Burghley House Collection

 

A l’occasion de l’acquisition d’un des ses tableaux "Autoportrait en Sainte Catherine d’Alexandrie”, la National Gallery de Londres célèbre Artemisia (1593- 1654) peintre italienne, disciple de Caravage dans une exposition monographique. Une trentaine d’œuvres baroques provenant des collections privées et publiques assorties des lettres de sa correspondance passionnée s’exposent pour la première fois en Grande Bretagne.

Orpheline de mère dès l’enfance et fille de l’artiste maniériste Orazio Gentileschi, elle apprend de son père le dessin et l’art de mélanger les couleurs. Sans comprendre vraiment son immense talent, elle grandit dans le milieu artistique romain et restera une des rares femmes de l’époque à connaître la notoriété sous la protection de plusieurs mécènes.  Elle débute sa carrière à Rome avant de s’établir à Florence, puis à Venise et à Naples. Elle s’installera aussi à Londres à la Cour de Charles 1er pour une courte période. 

Plus connue pour ses vicissitudes personnelles que pour ses œuvres, il faudra attendre le XXème siècle pour que son talent soit redécouvert.

Violée par un des collaborateurs de son père à l’âge de 19 ans, elle se voit contrainte à subir un procès bestial qui la soumet à la torture pour tester la véracité de ses accusations et à un examen gynécologique des plus humiliants. Cette violence marquera à jamais ses œuvres en une authenticité sanglante.

 

 


Malgré la promesse faite à son père, l’homme qui la viole, Agostino Tassi, ne l’épousera pas et, malgré son procès, sa condamnation à l’exil ne sera jamais exécutée grâce à l’intervention de ses puissants protecteurs. Artemisia se marie pourtant tout de suite après ce drame. Son mari lui permet d’échapper à la honte, mais c’est un homme faible et incapable d’aimer cette femme forte. Pier Antonio Stiattesi la rendra malheureuse avant qu’elle ne le quitte. De leur union naîtront quatre enfants mais une seule fille survivra. Elle aura pourtant une autre fille hors union. Des lettres passionnées d’Artemisia à son amant florentin, montrent pourtant qu’elle a pu enfin connaître l’amour. 

Pour survivre à l’accumulation des dettes de son époux, Artemisia sera contrainte d’accepter de nombreuses commandes et devra adapter son style aux goûts de l’époque rapprochant ses lumières sombres du style de Caravage. Artemisia est réputée à son époque pour être une femme au charme extraordinaire et, si celui-ci lui a valu bien des tourments, il lui a ouvert aussi bien des portes. Souvent dans ses toiles ses plantureuses et énergiques héroïnes ont ses propres traits à la demande expresse de ses commanditaires. Cette fascination qu’elle exerce et son succès ont nourri de nombreuses plaisanteries sur sa vie privée tout au long de sa carrière.

Artiste précoce, femme tenace, libre et audacieuse, elle appréhende son rapport à la peinture comme un acte physique et libérateur. Ce regard de la jeunesse féminine face à la vieillesse masculine hante son œuvre. Elle peint ainsi sa première toile « Suzanne et les Vieillards » à l’âge de 17 ans et revisitera ce sujet toute sa vie durant, en faisant une dernière toile 42 ans après.

 

L’exposition se déroule chronologiquement en plusieurs salles, partant de son apprentissage à Rome dans l’atelier de son père Orazio, pour suivre les villes italiennes où elle séjourna. Ses premières œuvres romaines incarnent des figures féminines inspirées de la Bible ou de l’Antiquité, « Cléopâtre » (1611), « Danaë » (1612) et  « Judith décapitant Holoferne » en deux versions florentines différentes. Ces œuvres mythologiques témoignent avec force et puissance de son désir de vengeance face aux violences subies.

 

 

Judith and her Maidservant with the Head of Holofernes(about 1623-5)  

© The Detroit Institute of Arts


Les deux dernières salles napolitaines retracent les vingt cinq dernières années de sa vie. Son magnifique autoportrait en allégorie de la peinture montre son apaisement, elle a enfin trouvé sa place et sa tranquillité.

 

Artemisia, artiste singulière et douée, peintre à la cour sous le patronage des Médicis,  fut une des seules femmes à peindre des héroïnes bibliques et mythologiques avec un réalisme brutal et pourtant une féminité totale en une atmosphère lourde d’étoffes et de clair-obscure.

 

Artemisa, telle la déesse dont elle a hérité le nom, sa vie fût faite de liberté, de beauté et de fureur en une chasse digne de l’Olympe.

 

 

ARTEMISIA

The National Gallery - Trafalgar Square -Londres UK 

Judith and her Maidservant (about 1615-17) 

© Gabinetto fotografico delle Gallerie degli Uffizi

Self Portrait as Saint Catherine of Alexandria (about 1615-17) 

© The National Gallery, London


Corisca and the Satyr (about 1635-7) - Private collection, Italy © Photo courtesy of the owner